OGM, le précédent Martine Aubry

Posted on 25 octobre 2012 par

0


Quel précédent ? celui de l’amiante : Martine Aubry était haute fonctionnaire au Travail lorsqu’elle prit la décision de ne pas interdire l’amiante, puis ministre quand elle renouvela sa décision de ne pas réagir aux indices que l’amiante était un produit toxique pour la santé. Mais à l’époque elle avait une excuse : elle ne savait pas ce qu’était un lobby, que ça existait aussi en France. Elle aurait même affirmé « D’une manière générale, pendant toute ma carrière au ministère du Travail, je n’ai jamais été l’objet ou vu mes directeurs faire l’objet d’actions de lobbying de la part de chefs d’entreprise ». Elle était jeune à l’époque, peut-être un peu nunuche ?

Amiante, Médiator, OGM, les experts ont parlé : bon à être consommé. Et que dire de l’affaire du sang contaminé.

Pourquoi autant de délais entre les premier signes que le produit serait peut-être toxique et son interdiction ? Des intérêts économiques ? Sans aucun doute une partie de l’explication car ils sont importants, mais quand même les fonctionnaires qui préparent les dossiers et les politiques qui décident sont-ils seulement mercantiles ? Pourquoi Martine Aubry n’a-t-elle pas réagi sur l’amiante ? Il semble qu’elle aura à s’en expliquer devant la justice.

Comment ça fonctionne ? tout tourne autour des experts. On les voudrait indépendants, mais est-ce possible ? Comment peut-on devenir expert sans être en contact avec les industriels du secteur ? Comment peut-on acquérir de l’expertise sans travailler dans les laboratoires et autres lieux appartenant aux industriels du secteur ? Les écoles académiques d’experts ça n’existe pas et ça ne peut pas exister. Disons simplement que les experts sont nécessairement plus ou moins liés aux lobbies industriels, que même si ceux-ci n’ont pas d’influence directe sur tous les experts, le moule de leur formation et le réseau relationnel créent une certaine osmose entre eux. Et donc faut bien faire avec, et c’est aux politiques d’évaluer le degré d’indépendance des expert puis de prendre la décision d’appliquer ou de ne pas appliquer le principe de précaution, et enfin s’ils se trompent d’en assumer la responsabilité et éventuellement la culpabilité.

Et c’est là le nœud des affaires amiante ou médiator : le manque de réaction des politiques. Leur raisonnement est le suivant : la dangerosité du produit n’est pas établie avec certitude, il faudrait disposer d’autres études mais elles sont longues et les budgets n’existent pas (ou sont supprimés comme ceux de l’ANR). Et on attend de compter les morts en pinaillant sur la relation de cause à effet.

Alors on met au pilori l’homme par qui le possible scandale arrive : Gilles-Eric Séralini.

Que lui reproche-t-on ?

D’abord la médiatisation. Parole d’un expert de la nobserverie(*), le "Renaud Peirani" des OGM :

«  Mais, tout en prenant acte effectivement de l’affaire des farines animales et du prion de l’ESB (ou maladie de la "vache folle"), du scandale de l’amiante, de l’affaire du non chauffage des échantillons de sang prélevés par le CNTS, il est redoutable de remuer, de "convoquer" médiatiquement les peurs, de risquer l’amalgame… irréversible (rattachons "calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose"). »

C’est la ligne officielle del’Académie des sciences, en reformulé : c’est une affaire trop grave pour que le peuple s’en saisisse, laissons les experts en discuter sereinement entre eux. Et en attendant, bien sûr, faut pas bouger. Enfumons donc ceux qui posent des questions.

Ensuite d’être un militant anti-OGM :

« Ce dernier ( Séralini) ne s’est jamais caché de travailler "à charge" (c’est son mérite). »

sous-entendu son étude est volontairement biaisée.

Et enfin d’être financé par de méchants capitalistes qui s’appellent Carrefour et Auchan :

« ils ont accepté que l’étude à la base du dossier controversé soit financée par Auchan et Carrefour, deux géants de la grande distribution attachés à une filière commerciale "garantie sans OGM") »

l’argent étant le nœud de la guerre, donc sous-entendu : pour obtenir le financement d’Auchan et de Carrefour, il a bien dû faire quelques concessions, n’est-il pas ? nouvelle suspicion de biais volontaire dans l’étude de G.E. Séralini.

N’étant pas expert, je n’ai pas d’avis sur la polémique scientifique sur les résultats, significatifs ou pas, de l’étude de Gilles-Eric Séralini. Mais le doute semé sera profitable si on n’enfume pas les conclusions non scientifiques de l’étude qui sont : pourquoi les études des fabricants ne sont-elles pas totalement publiques et pourquoi cette opposition à l’obligation de faire des études de plus de 3 mois ?

Glasnost et perestroïka, voilà ce qu’on demande aux agences de santé.

 
Mais qui donc est le dindon ?

 
(*) La nobserverie est le site des blogs du Nouvel Observateur ou la communauté des blogueurs du Nouvel Obs appelé ménagerie par clin d’œil à la ferme des animaux de George Orwell. Pour Caquedrole, c’est un gros mot.

 
 
 

Publicités